
Pure folie
Je croyais avec mes collègues de l’opposition avoir affaire à des gens intelligents, malgré nos désaccords politiques. Ce n’est pas vrai pour tous d’entre eux. La dernière tribune de Pierre Lafaye sur son blog me stupéfie de médiocrité. Intitulée « Finances, que nous cache la majorité ? », ce billet n’a d’autre but que de saborder l’incroyable possibilité qui s’offre à la commune de financer ses investissements.
Cela s’appelle en d’autres termes pratiquer la politique du pire. C’est doublement agaçant venant de l’intéressé qui, cette fois-ci, conjugue mauvaise foi et incompréhension. Tout d’abord parce qu’en tant que fonctionnaire territorial en charge de la direction générale d’une commune seine-et-marnaise, il ne peut ignorer la spirale infernale de l’étranglement financier dans laquelle toutes les collectivités ont été plongées malgré elles. Sa commune, Le-Mée-sur-Seine, n’échappe pas à ce scénario. Elle connaît bien évidemment elle aussi de lourdes difficultés financières. Mais nous, nous ne succomberons pas à la facilité d’en imputer la seule responsabilité à Pierre Lafaye. Question d’honnêteté intellectuelle…
En second lieu, il devient de plus en plus insupportable de voir le susnommé s’ériger en « père la vertu », unique détenteur de la raison et de l’orthodoxie financière. Il a beau jeu d’appuyer son analyse sur les préconisations de la Chambre régionale des comptes recommandant de ne pas recourir à l’emprunt, ce qui, forcément, apparaît comme raisonnable. Sauf que voilà, les responsabilités politiques supposent parfois un peu de courage et pas seulement de la flagornerie et de la résignation. Et si cette institution financière se trompait dans sa lecture de la situation de Bussy ? Si elle passait purement par pertes et profits notre statut de ville nouvelle pour nous appliquer des critères financiers relatifs à une commune de droit commun, sur la base d’une seule logique comptable ?
Nous en sommes là aujourd’hui, parce que tout le monde a oublié les villes nouvelles. Il ne nous reste plus que les contraintes, à savoir achever notre ville seuls, sans l’aide de personne. Nous l’avons déjà dit, toutes les villes nouvelles du monde sont passées par un recours massif à l’emprunt. Pierre Lafaye devrait prendre le soin de comparer ce qui est comparable, à commencer par nos voisins du Val-Maubuée ou du Val-d’Europe, où la dette par habitant est malgré tout légèrement supérieure à la nôtre. Mais de tout cela, évidemment il ne dit mot. Il est plus facile de s’échiner à saboter les initiatives de la majorité municipale pour s’en sortir.
Ce prêt est une aubaine pour Bussy. Elaboré sur le principe d’un droit de tirage pluriannuel, il va nous permettre de lisser dans le temps les fonds nécessaires à nos futurs équipements publics. Pourquoi vouloir faire échouer in fine son obtention en introduisant un recours contre la délibération concernée? Cela n’a aucun sens et ne correspond à aucune logique. Nous sommes en présence d’un acte fou, imbécile et destructeur. Je ne vois franchement pas où réside le problème pour lui, si ce n’est dans le fait que nous soyons enfin parvenus à trouver un partenaire financier sur le plan international, moins frileux que nos banques françaises, sans cesse rappelées à l’ordre pour leur mauvaise volonté dans cette sortie de crise, y compris par le Président de la République lui-même.
Pierre Lafaye aurait sans doute préféré le chaos au sursaut. Peu importe les intérêts de Bussy. Si nous parvenons à obtenir cet emprunt, l’histoire oubliera la médiocrité d’un tel comportement. Mais si dans le cas contraire, nous échouons, de par les gesticulations de Lafaye, je le rends d’ores et déjà publiquement comptable des conséquences pour la commune. Puisqu’il juge cet emprunt néfaste, il lui reviendra alors d’énoncer clairement son alternative. En politique, il ne suffit pas de dénoncer. De temps en temps, il faut aussi assumer. Même dans l’opposition.
Jean-Claude LAMAGNERE
Premier Adjoint au Maire